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Poème
L'amour par terre
(L'amour par terre est le 20ème poème sur
22 de Fêtes Galantes)
Le
vent de l'autre nuit a jeté bas l'Amour
Qui, dans le coin le plus mystérieux du parc,
Souriait en bandant malignement son arc,
Et dont l'aspect nous fit tant songer tout un jour
! |
Le
vent de l'autre nuit l'a jeté bas ! Le marbre
Au souffle du matin tournoie, épars. C'est
triste
De voir le piédestal, où le nom de l'artiste
Se lit péniblement parmi l'ombre
d'un arbre, |
Oh
! c'est triste de voir debout le piédestal
Tout seul ! Et des pensers mélancoliques vont
Et viennent dans mon rêve où le chagrin profond
Évoque un avenir solitaire et fatal. |
Oh
! c'est triste ! - Et toi-même, est-ce pas ! es touchée
D'un si dolent tableau, bien que ton ilfrivole
S'amuse au papillon de pourpre et d'or qui vole
Au-dessus des débris dont l'allée est
jonchée. |
Verlaine
et Baudelaire
La beauté selon Baudelaire est une fleur du mal parce qu'elle fait
du poète son esclave et sa victime. La beauté fascine, subjugue
le destin
"Tes baisers sont un philtre et ta bouche une amphore/qui font le
héros lâche et l'enfant courageux".
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Plan
du commentaire composé
I- La brièveté du présent
1. La statue de Venus qui s'effondre
2. Le présent fugitif entre souvenir et attente.
3. La correspondance objet-statue-amour
II- Le papillonnage
1. Tout est éphémère
2. Le papillonnage
3. L'inconstance féminine
III-
Le faune grimaçant
1. Des vers sensuels ou érotiques
2. L'amour est une fleur du mal
Commentaire
composé rédigé
Afin d'exprimer ses sensations les plus fines, Verlaine se choisit un
cadre historique, le XVIIIème siècle, qu'il recrée
à son gré. L'utilisation d'un temps révolu est fort
habile et donne au poète l'occasion de dépeindre la superficialité
de la société tourmentée du XIXème siècle
et aussi sa propre vie. Le poète qui refuse l'idéalisation
du souvenir amoureux revient sur la chute d'une statue symbolisant l'amour,
lieu de nombreux rendez-vous amoureux. Ce symbole de l'amour qui s'est
effondré donne à Verlaine l'occasion de nous parler de la
fragilité de l'amour, de sa solitude et de la frivolité
des femmes.
I-La brièvetédu présent
L'importance du moment présent, de l'instant, si bref soit-il caractérise
l'uvre de Verlaine, mais ce présent est constamment investi
par le souvenir et par l'attente. La statue qui matérialise le
point de rencontre des rendez-vous amoureux qui en a été
le prétexte mais aussi le témoin, s'est effondrée
sous l'effet d'un vent soufflant avec force une nuit précédente.
On retrouve ici retrouve dans le thème classique du rendez-vous
amoureux cher aux romantiques, la présence du vent généralement
venant du Nord et toujours violent. Les sentiments sont projetés
sur la statue de Venus "Et dont l'aspect nous fit
tant songer tout le jour" avec
une allitération en "t" qui élargit encore l'évocation
du souvenir par l'effet d'écho. Cette attente permanente de l'amour
pour Verlaine dont la beauté est symbolisée par la plasticité
de cette statue de Vénus vient une nouvelle fois de prendre fin
par sa destruction. On retrouve cette mystérieuse correspondance
chère à Baudelaire entre un l'objet la statue et les sentiments
de l'amour. Dans ce symbolisme pictural, la statue devient une allégorie
de l'amour plus qu'un symbole. La destruction de la statue signe la fin
de la rencontre amoureuse laissant place désormais aux souvenirs
teintés de tristesse et de mélancolie.
II La frivolité des femmes
Verlaine priorise les impressions plutôt que l'objectivité.
La statue renversée le rend triste alors que sa compagne n'y porte
aucune attention et s'amuse du vol d'un papillon à la vie la vie
très éphémère mais dont les couleurs "de
pourpre et d'or" attirent l'attention et ravissent les yeux. Le poète
qui nous a avoué, pour une femme, son impérieux besoin de
sentiments sincères et partagés questionne sa compagne pour
connaître ses impressions. Les questions sont à l'emporte
pièce "et-toi-même, est-ce pas ! es touchée".
L'ajout de même à toi produit une insistance pour obtenir
en réponse la même impression partagée de désolation.
Est-elle touchée ? est-elle attristée par ce spectacle non
! C'est un papillon, tout ce qu'il y a de plus éphémère
qui retient son attention par ses couleurs et ses mouvements au dessus
des restes éparpillé du marbre, matière que l'on
dit impérissable.
III Un faune grimaçant
Toute relation amoureuse s'organise autour de deux temps, la recherche
de l'être aimé et le compagnonnage avec lui. Chez Verlaine
ni l'un ni l'autre ne lui apporte le bonheur. La recherche de l'amour
est vue de façon superficielle, elle n'est qu'amusement, qu'apparences.
Dans les deux premiers quatrains que l'on pourrait associer à la
rencontre amoureuse on retrouve les charmes de l'amour, les effleurements,
les frissons. Les vers sont d'une grande sensualité, l'audace va
même plus loin que la sensualité avec le mot "bandant"
qui n'est pas là par hasard. Avec le vent tout tourbillonne et
nous avons la description du poète qui cherche plus à s'étourdir
et à obtenir le dérèglement de tous ses sens. Le
souffle du vent rappelle celui de l'étreinte amoureuse. On sait
pourtant que Verlaine est d'avantage amoureux de son rêve que de
la personne qui l'a suscité. Dans le compagnonnage il ne voit qu'un
papillonnement insincère. Dans d'autres poèmes des fêtes
galantes c'est derrière la face effarée du Pierrot qu'il
nous montrera tout son désenchantement.
Conclusion
Comme Baudelaire avec la beauté, cette fleur du mal, Verlaine reprend
le même exercice avec l'amour. En reprenant dans le titre l'expression
péjorative "par terre", Verlaine ne cache rien de ses
intentions sur l'amour féminin. Il recherchait un idéal,
une Elisa, un idéal féminin, une complice, il ne trouve
que des "colombine". En reprenant la statue de l'amour du tableau
de Watteau "embarquement pour Cythère", qu'il a découvert
au Louvre, Verlaine partage avec ce peintre la vision d'un monde "baroque"
dans lequel l'existence est perçue comme un passage d'ombres appelées
à disparaître.
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Fêtes
galantes (1869)
Verlaine s'inspire pour son second recueil après les Poèmes
saturniens de Watteau et des autres peintres qui, au XVIIIe siècle
surtout, ont évoqué les plaisirs d'une société
élégante et frivole.
L'embarquement pour Cythère
de Watteau
Cythère est une île au sud du Péloponnèse où
selon la mythologie grecque aborda Aphrodite (Vénus), née
de l'écume de la mer. L'île
était devenue un lieu sacré dédié à
Aphrodite et à l'Amour. Cependant, les historiens d'art se disputent
encore sur la véritable signification de l'uvre et de son
titre. Est-ce un départ pour l'île de Cythère ou un
retour après l'amour ? Chaque historien d'art a interprété
à sa manière l'allégorie de ce voyage dans l'île
de l'Amour.
Plaisir d'amour
de Watteau
On retrouve la même statue de l'amour que dans l'embarquement pour
Cythère |