09/01/2016
Verlaine expliqué

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VERLAINE : L'amour par terre (1869)

Plaisir d'amour de Watteau

Poème
L'amour par terre
L'amour par terre est le 20ème poème sur 22 de Fêtes Galantes
La liste des pèmes des fêtes galantes

Le vent de l'autre nuit a jeté bas l'Amour
Qui, dans le coin le plus mystérieux du parc,
Souriait en bandant malignement son arc,
Et dont l'aspect nous fit tant songer tout un jour !


Le vent de l'autre nuit l'a jeté bas ! Le marbre
Au souffle du matin tournoie, épars. C'est triste
De voir le piédestal, où le nom de l'artiste
Se lit péniblement parmi l'ombre d'un arbre,


Oh ! c'est triste de voir debout le piédestal
Tout seul ! Et des pensers mélancoliques vont
Et viennent dans mon rêve où le chagrin profond
Évoque un avenir solitaire et fatal.

Oh ! c'est triste ! - Et toi-même, est-ce pas ! es touchée
D'un si dolent tableau, bien que ton œilfrivole
S'amuse au papillon de pourpre et d'or qui vole
Au-dessus des débris dont l'allée est jonchée.

Verlaine et Baudelaire
La beauté selon Baudelaire est une fleur du mal parce qu'elle fait du poète son esclave et sa victime. La beauté fascine, subjugue le destin
"Tes baisers sont un philtre et ta bouche une amphore/qui font le héros lâche et l'enfant courageux".

Plan du commentaire composé
I- La brièveté du présent
1. La statue de Venus qui s'effondre
2. Le présent fugitif entre souvenir et attente.
3. La correspondance objet-statue-amour
II- Le papillonnage
1. Tout est éphémère
2. Le papillonnage
3. L'inconstance féminine
III- Le faune grimaçant
1. Des vers sensuels ou érotiques
2. L'amour est une fleur du mal

Commentaire composé rédigé
Afin d'exprimer ses sensations les plus fines, Verlaine se choisit un cadre historique, le XVIIIème siècle, qu'il recrée à son gré. L'utilisation d'un temps révolu est fort habile et donne au poète l'occasion de dépeindre la superficialité de la société tourmentée du XIXème siècle et aussi sa propre vie. Le poète qui refuse l'idéalisation du souvenir amoureux revient sur la chute d'une statue symbolisant l'amour, lieu de nombreux rendez-vous amoureux. Ce symbole de l'amour qui s'est effondré donne à Verlaine l'occasion de nous parler de la fragilité de l'amour, de sa solitude et de la frivolité des femmes.
I-La brièveté du présent
L'importance du moment présent, de l'instant, si bref soit-il caractérise l'œuvre de Verlaine, mais ce présent est constamment investi par le souvenir et par l'attente. La statue qui matérialise le point de rencontre des rendez-vous amoureux qui en a été le prétexte mais aussi le témoin, s'est effondrée sous l'effet d'un vent soufflant avec force une nuit précédente. On retrouve ici retrouve dans le thème classique du rendez-vous amoureux cher aux romantiques, la présence du vent généralement venant du Nord et toujours violent. Les sentiments sont projetés sur la statue de Venus "Et dont l'aspect nous fit tant songer tout une jour" avec une allitération en "t" qui élargit encore l'évocation du souvenir par l'effet d'écho. Cette attente permanente de l'amour pour Verlaine dont la beauté est symbolisée par la plasticité de cette statue de Vénus vient une nouvelle fois de prendre fin par sa destruction. On retrouve cette mystérieuse correspondance chère à Baudelaire entre un l'objet la statue et les sentiments de l'amour. Dans ce symbolisme pictural, la statue devient une allégorie de l'amour plus qu'un symbole. La destruction de la statue signe la fin de la rencontre amoureuse laissant place désormais aux souvenirs teintés de tristesse et de mélancolie.
II La frivolité des femmes
Verlaine priorise les impressions plutôt que l'objectivité. La statue renversée le rend triste alors que sa compagne n'y porte aucune attention et s'amuse du vol d'un papillon à la vie la vie très éphémère mais dont les couleurs "de pourpre et d'or" attirent l'attention et ravissent les yeux. Le poète qui nous a avoué, pour une femme, son impérieux besoin de sentiments sincères et partagés questionne sa compagne pour connaître ses impressions. Les questions sont à l'emporte pièce "et-toi-même, est-ce pas ! es touchée". L'ajout de même à toi produit une insistance pour obtenir en réponse la même impression partagée de désolation. Est-elle touchée ? est-elle attristée par ce spectacle non ! C'est un papillon, tout ce qu'il y a de plus éphémère qui retient son attention par ses couleurs et ses mouvements au dessus des restes éparpillé du marbre, matière que l'on dit impérissable.
III Un faune grimaçant
Toute relation amoureuse s'organise autour de deux temps, la recherche de l'être aimé et le compagnonnage avec lui. Chez Verlaine ni l'un ni l'autre ne lui apporte le bonheur. La recherche de l'amour est vue de façon superficielle, elle n'est qu'amusement, qu'apparences. Dans les deux premiers quatrains que l'on pourrait associer à la rencontre amoureuse on retrouve les charmes de l'amour, les effleurements, les frissons. Les vers sont d'une grande sensualité, l'audace va même plus loin que la sensualité avec le mot "bandant" qui n'est pas là par hasard. Avec le vent tout tourbillonne et nous avons la description du poète qui cherche plus à s'étourdir et à obtenir le dérèglement de tous ses sens. Le souffle du vent rappelle celui de l'étreinte amoureuse. On sait pourtant que Verlaine est d'avantage amoureux de son rêve que de la personne qui l'a suscité. Dans le compagnonnage il ne voit qu'un papillonnement insincère. Dans d'autres poèmes des fêtes galantes c'est derrière la face effarée du Pierrot qu'il nous montrera tout son désenchantement.
Conclusion
Comme Baudelaire avec la beauté, cette fleur du mal, Verlaine reprend le même exercice avec l'amour. En reprenant dans le titre l'expression péjorative "par terre", Verlaine ne cache rien de ses intentions sur l'amour féminin. Il recherchait un idéal, une Elisa, un idéal féminin, une complice, il ne trouve que des "colombine". En reprenant la statue de l'amour du tableau de Watteau "embarquement pour Cythère", qu'il a découvert au Louvre, Verlaine partage avec ce peintre la vision d'un monde "baroque" dans lequel l'existence est perçue comme un passage d'ombres appelées à disparaître.

Fêtes galantes (1869)
Verlaine s'inspire pour son second recueil après les Poèmes saturniens de Watteau et des autres peintres qui, au XVIIIe siècle surtout, ont évoqué les plaisirs d'une société élégante et frivole.

L'embarquement pour Cythère
de Watteau
Cythère est une île au sud du Péloponnèse où selon la mythologie grecque aborda Aphrodite (Vénus), née de l'écume de la mer. L'île était devenue un lieu sacré dédié à Aphrodite et à l'Amour. Cependant, les historiens d'art se disputent encore sur la véritable signification de l'œuvre et de son titre. Est-ce un départ pour l'île de Cythère ou un retour après l'amour ? Chaque historien d'art a interprété à sa manière l'allégorie de ce voyage dans l'île de l'Amour.
Plaisir d'amour
de Watteau
On retrouve la même statue de l'amour que dans l'embarquement pour Cythère

 

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