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"La
forêt" de Giacometti
Dans les bois
" Dans les bois" est un des 17 poèmes
de la section caprices des poèmes saturniens.
D'autres,
- des innocents ou bien des lymphatiques, -
Ne trouvent dans les bois que charmes langoureux,
Souffles frais et parfums tièdes. Ils sont heureux !
D'autres s'y sentent pris - rêveurs - d'effrois mystiques. |
Ils
sont heureux ! Pour moi, nerveux, et qu'un remords
Épouvantable et vague affole sans relâche,
Par les forêts je tremble à la façon d'un
lâche
Qui craindrait une embûche ou qui verrait des morts. |
Ces
grands rameaux jamais apaisés, comme l'onde,
D'où tombe un noir silence avec une ombre encor
Plus noire, tout ce morne et sinistre décor
Me remplit d'une horreur triviale et profonde. |
Surtout
les soirs d'été : la rougeur du couchant
Se fond dans le gris bleu des brumes qu'elle teinte
D'incendie et de sang ; et l'angélus qui tinte
Au lointain semble un cri plaintif se rapprochant. |
Le
vent se lève chaud et lourd, un frisson passe
Et repasse, toujours plus fort, dans l'épaisseur
Toujours plus sombre des hauts chênes, obsesseur,
Et s'éparpille, ainsi qu'un miasme, dans l'espace. |
La
nuit vient. Le hibou s'envole. C'est l'instant
Où l'on songe aux récits des aïeules naïves...
Sous un fourré, là-bas, là-bas, des sources
vives
Font un bruit d'assassins postés se concertant. |
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Plan
de commentaire
Sur le thème de la forêt, Verlaine laisse libre cours
à son esprit fantasque pour nous décrire non pas le décor
naturel avec ses couleurs et ses parfums que nous recherchons parfois
pour des moments de détente mais un lieu pervers et angoissant
peuplé d'animaux hostiles et au sein duquel chaque pas cache une
embûche, chaque buisson un cadavre ou un brigand.
I-La critique des romantiques
La forêt, la nature, les promenades solitaires sont des thèmes
privilégiés des romantiques car il sont propres à
la rêverie, la nature devenant la muse du poète et le témoin
de son affectivité. Le ton du poème est polémique
dès le premier vers. Lamartine avec son poème "Chêne"
dans ses "Harmonies poétiques et religieuses"
nous raconte l'histoire d'un arbre prodigieux, symbole de la grandeur
et de l'ordre de la nature qui doit nous révéler la toute
puissance de Dieu. L'anaphore de D'autres pour d'autres
que Verlaine désignent non seulement l'ensemble des rêveurs
romantiques, mais aussi des innocents, des lymphatiques qui se satisfont
à bon compte des charmes de la nature. L'exclamation qui termine
"ils sont heureux" fait de leur bonheur une sorte de béatitude
ou d'extase mystique. Verlaine n'aurait aujourd'hui aucune sympathie pour
nos écologistes.
II-Le paysage état d'âme.
La forêt, habituellement lieu paisible lui fait resurgir des angoisses
et des peurs incontrôlées. Tout lui apparaît démesuré,
l'assonance en "a" du troisième quatrain amplifie la
taille des arbres pour les rendre encore plus impressionnants dans
l'obscurité. Verlaine a plusieurs fois raconté qu'il avait
peur de tout surtout de la nuit. C'est un bileux, un nerveux, toujours
inquiet. La forêt lui apparaît sinistre et le fait trembler,
il craint les mauvaises rencontres ou des découvertes macabres.
La forêt lui renvoie une foule de symboles qui reflètent
son état d'âme. La gravité de son remords, accentuée
par le qualificatif épouvantable mis en rejet prend un caractère
obsessionnel ou délirant.
III-
Un univers de fantasmes et de croyances
L'univers mental de Verlaine est peuplé de fantasmes. Il
se dit hanté par la planète Saturne qui le tient tout entier
sous sa néfaste influence. La forêt lui renvoie le souvenir
de refuges de brigands ou celui d'assassins venus cacher leur victime.
Même la rougeur du soleil a des allures macabres d'incendie ou de
crimes. Le hibou selon les anciens crevaient les yeux de leur victime
et l'eau d'une source lui renvoie l'image d'une noyade. On a tous en mémoire
le célèbre conte du "petit chaperon rouge" qui
doit traverser la forêt avec le danger d'un loup.
IV-
Une poésie classique
Verlaine avec des mots simples et des phrases classiques sujet-verbe-complément
nous fait une démonstration pour démystifier la forêt.
La forêt présente effectivement des dangers pour un non-initié,
Mais Verlaine en rajoute sur son obscurité, ses bruits mal définis
pour lui donner un aspect angoissant. Il joue sur les sonorités
"on" en écho dans "tombe" et "ombre"
pour nous faire peur comme sur celles en "em" dans "tremble"
et embûche" pour nous donner des frissons. A l'angoisse d'y
faire de mauvaises rencontres se mêlent des souvenirs qui lui donnent
des frissons. L'allitération en "s" du dernier
vers est remarquable pour reproduire l'expression d'un mauvais geste.
Conclusion
En dépit d'une profession de foi parnassienne, on ne retrouve pas
dans ce poème, sur un thème analogue, les mêmes accents
que dans "Midi" de Leconte de Lisle. Des tendances de Verlaine
tout à fait personnelles comme la sensibilité inquiète
ou la musicalité suggestive s'expriment dans ce poème.
Modéré dans ses audaces, "Dans les bois"
reste un poème émotionnel et musical harmonieux mais
n'est ce pas tout ce qu'on attend de la poésie.
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Un
refrain sur les dangers de la forêt
Allons dans les bois pendant que le loup n'y est pas.
Allons dans les bois est un des 17 poèmes de la section
caprices des poèmes saturniens publiés en 1866, section
dans laquelle voisinent des uvres d'inspiration parnassienne comme
" La mort de Philippe " avec des caricatures et des parodies
comme " Monsieur Prudhomme " ou " Cavitri "
Mysticisme
:
attitude religieuse qui affirme la possibilité d'une union parfaite
avec Dieu dans la contemplation.
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