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VERLAINE : A Clymène
(1869) |
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Pour une autre explication du poème |
Plan
du commentaire composé I- La fête, le masque, le rêve II- Une femme dématérialisé en tons et parfums III- Une symphonie de blancs Commentaire composé rédigé A Clymène est le 16ème poème sur 22 des Fêtes galantes de Verlaine. Clymène est une nymphe, une des divinités féminines de la nature qui peuplent bois, eaux, montagnes. Les nymphes sont des jeunes femmes d'une rare beauté représentées nues ou demi-vêtues, filles de Zeus et du ciel. On leur attribuait un pouvoir nourricier et fertilisant que l'on sollicitait en plongeant dans les fontaines. A Clymène n'est pas le titre original du poème, avant lui ce poème avait un titre confus : Galimatias (sic) double et Chanson d'amour. Les galimatias sont des discours embrouillés mais reproduits fidèlement (sic). L'ancien titre faisait également mention de double suivi de chanson d'amour. Les fêtes galantes de Verlaine sont souvent comprises comme des transpositions poétiques de chagrins d'amour, elles s'ouvrent souvent sous le signe de la musique qui accompagne la fête, des masques et du clair de lune. A Clymène n'y échappe pas, le personnage qu'on y croise, une femme aux yeux bleus, n'existe que dans le monde du paraître, des apparences, des artifices, du déguisement, un monde de convenances, de politesse, avec ses préciosités, "chère", ses mondanités et finalement une tricherie sur la vie. I. La fête, le masque, le rêve Avec les deux premiers vers, Verlaine place la barre de l'amour très haut, dans le domaine de l'idéalisation, de l'extase, du mysticisme. L'amour est une musique intérieure, une romance sans paroles. Très haut, c'est le domaine des cieux, de l'infini, de l'abstraction, du bleu, la couleur des yeux, du blanc. L'amour chez Verlaine est platonique, rêve, idéalisation. Rien d'étonnant à ce que Verlaine utilise le paradis artificiel que constitue la fête galante pour crier sa désillusion, sa mélancolie comme celle que l'on éprouve devant un paysage de Watteau. Les masques font leur apparition dès la seconde strophe du poème, c'est une voix étrange ici amplifiée par l'allitération en "t", puis une vision qui dérange, qui peut être celle d'un personnage masqué devant lequel on ne sait jamais qui se cache, l'orifice du masque laissant échapper la voix, la modifie rendant toute identification difficile. L'étrangeté de la voix peut trahir l'émotion, le trouble amoureux, la maladresse mais peut aussi avoir un caractère énigmatique, inhabituel, inconnu, en contraste, en opposition avec la familiarité "chère". L'amour, du trouble de la vue et de l'ouïe se poursuit dans le domaine olfactif. Un parfum, en général, une senteur très agréable visant à séduire est ici réduit à une odeur. La candeur de son odeur, en respectant l'étymologie latine de candeur, blancheur, pureté, naïveté, ingénuité, on mesure toute l'ironie de Verlaine dans l'utilisation de cet artifice. La blancheur du teint du personnage, devient arôme, une odeur agréable. Comme Rimbaud donnait de la couleur à ses voyelles, Verlaine donne des odeurs à ses couleurs, à la façon de Baudelaire dans ses correspondances, "il est des parfums frais comme des chairs d'enfant". Nous sommes au cur de la poésie verlainiènne faite d'imprécisions, de sens multiples, de synesthésies, chacun avec sa sensibilité faisant correspondre à chaque terme, sa propre représentation, les sens se répondant les uns les autres. La pâleur du cygne qui représente le teint pommadé des marquises du XVIIIème prend ici une connotation olfactive. Nous sommes dans un monde d'apparences, de séduction, mais les sentiments se résument à un jeu de cache-cache avec l'appât de la coquetterie. Dans cette symphonie de blancs abstraits, le personnage principal, la femme, devient irréelle, évanescente, laiteuse, nuage, auréole, nimbes au pluriel, multiple, intouchable, sans forme précise, vague, comme dématérialisé. Devant la femme, sorte de fantôme rappelant le spectre d'une trépassée, l'amour se résume à une "Romance sans paroles", une musique intérieure. Les anges, les intermédiaires divins du bien sont ici défunts, le mal est fait, la femme est réduite à à une auréole, sorte de relique, de limbe qui rime avec nimbe avec ironie. Les anges défunts donnent au personnage une connotation de mal, l'impression d'un double jeu, d'une duplicité et finalement d'une trahison. La femme, dans tout son être est ramenée à des tons, des parfums, des termes très génériques mais avec de nombreuses correspondances. 2 Une femme dématérialisée en tons et parfums Verlaine, familier de la mélancolie, place à la fin de son poème un terme liturgique"Ainsi soit-il" en écho au premier vers "mystiques barcarolles", donnant ainsi au poème et à l'amour une sorte de fatalité qui emporte le cur fut-il subtil L'amour n'est pas le fruit d'une recette, c'est quelque chose d'indéfinissable, qu'il en soit donc ainsi. Verlaine, fataliste a la conviction d'être entraînémalgré soi par la fatalité et sa perpétuelle défaite amoureuse serait influencé par les astres, saturne, la planète maléfique. A quoi bon rechercher le bonheur amoureux si votre vie est dirigée. Avec "Ainsi soit-il qui ponctue généralement toutes les prières, on pourrait s'attendre à un poème-prière. Le poème est basé sur une démonstration, une logique introduite par la conjonction "puisque" qui remplace le "et" habituel chez Verlaine, placé en anaphore, ce qui est souvent le cas, ici répété des dans 4 strophes sur 5. Verlaine est un amoureux platonique, Elisa fut sa muse et la fin du poème nous confirme cet amour idéalisé de Verlaine pour la femme qu'il n'a jamais trouvée et qu'il cherche toujours. A examiner la dernière strophe, on ne manque pas de remarquer qu'il commence par A, ce n'est plus le Ah ! exclamatif, mais le A dubitatif. A sur d'almes cadences, est une ironie de Verlaine comparant les menuets et valses des fêtes galantes aux danses orientales, des danses savantes lascives, des danses du ventre, où l'amour est simplement suggéré. Les danses des fêtes galantes sont des frottements, des sensations, des réalités, les danses orientales sont suggestives, sans contact, elle idéalisent plus, simulent l'imaginaire de l'amoureux et induisent, c'est à dire entraîne l'amour de façon plus subtile que ces pièges assez giottesques des parfums, des maquillages. La progression du poème se fonde par petites touches sur un effet de suspens, avec la relance continuelle à l'adresse du destinataire, par l'emploi récurrent des marques de deuxième personne, procédé qui sera repris dans le poème suivant "Lettre", par l'anaphore "puisque" qui participe également à cette stratégie de retardement comme pour bien argumenter sa démonstration, en peser chaque terme et déterminer les facteurs déterminants de l'amour. Verlaine a toujours été écartelé entre rêve et réalité, entre amour réel et amour platonique et ses sentiments comme ses sensations reflètent cette dualité. On trouve des oppositions dans de nombreux termes du poème, romances et sans paroles, mystiques et barcarolles, soulignant le caractère paradoxal voire compliqué du rapprochement amoureux. 3-Une symphonie de blancs Dans cette symphonie de blancs, Verlaine multiplie le paradoxe, cultive le flou, et beaucoup y verront le souvenir de la passion pour Elisa Moncomble, en raison de l'analogie sonore Moncomble/Clymène et de l'évocation de cieux, de voix étrange, de blancheur, des anges, une sorte de dialogue entre un vivant et une trépassée, mais cette vision est trop réductrice. On doit plutôt voir dans ce poème de 5 strophes de 3 vers de 6 syllabes suivis d'un vers de 4 syllabes une sorte de prière ponctuée à la fin par "ainsi soit-il", qu'il en soit ainsi, dans une sorte de fatalité. C'est une symphonique par le choix des rythmes sans être toutefois impairs, Verlaine abandonne la sérénade pour la barcarolle simplement chantée sans instrument. Verlaine fait ici gambader ses vers sur des rythmesétranges qui conviennent bien à la nature immatérielle des personnages évoqués en maniant subtilement les allitérations, en "k", mystique/barcarolles, en "r" romances sans paroles, en s "ainsi-soit-il, en "t", ta voix étrange, tout ton être. Dans la palette du peintre-poète Verlaine, les couleurs froides dominent. Ici la palette se compose de deux couleurs, le bleu, la couleur des yeux de la femme chère, probablement les yeux d'Elisa que l'on retrouve dans le poème suivant et la couleur blanche symbolisée par le cygne. Le blanc peut voir plusieurs connotations, le blanc suggère plus qu'il ne décrit, la pâleur a une connotation de maladie, voire de mort, de fantôme, que l'on retrouve dans les nimbes, mais parfois d'irréalité poussant le lecteur à la fin du poème à mixter les personnages, les mouvements, les sensations visuelles et auditives pour imaginer la scène qu'à voulu décrire notre poète. Conclusion Si dans une première lecture on peut constater que le vocabulaire utilisé est accessible, il s'agit d'une apparence trompeuse. S'il est vrai que les mots en eux-même, romance, voix, vision, odeur, ne justifie pas une étude lexicale approfondie, chacun d'eux est porteur de multiples significations qui permettent de jouer sur le clavier des interprétations. A Clymène est un des plus beaux poèmes de la littérature, souvent dévalué sous prétexte d'ironie ou de Baudelairisme dévoyé. Le premier titre " galimatias", peu de sens y est pour beaucoup, mais le peu de sens reflète l'aveuglement de l'amoureux dans la trame de son discours. Poème intemporel, universel, sujet à de nombreuses interprétations, Verlaine, comme à son habitude multiplie le flou, les époques, les paradoxes pour nous démontrer la complexité et la nuance des sentiments humains, qu'il en soit ainsi. |
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