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La
maison à Lécluse
Poème
" Après trois ans"
" Après trois ans" est le 3ème
poème de la première section intitulée " Mélancholia
" des Poèmes Saturniens.
Découvrez
Velléda dans "les Martyrs" de Chateaubriand sur le site
du même auteur en cliquant ici
Ayant
poussé la porte étroite qui chancelle,
Je me suis promené dans le petit jardin
Qu'éclairait doucement le soleil du matin,
Pailletant chaque fleur d'une humide étincelle. |
Rien
n'a changé. J'ai tout revu : l'humble tonnelle
De vigne folle avec les chaises de rotin...
Le jet d'eau fait toujours son murmure argentin
Et le vieux tremble sa plainte sempiternelle. |
Les
roses comme avant palpitent, comme avant
Les grands lis orgueilleux se balancent au vent.
Chaque alouette qui va et vient m'est connue. |
Même,
j'ai retrouvé debout la Velléda
Dont le plâtre s'écaille au bout de l'avenue,
- Grêle, parmi l'odeur fade du réséda. |
Vocabulaire
:
- la Velléda est dans ce poème une statue. Elle représente
la prophétesse germanique qui fut livrée aux Romains parce
qu'elle soutint en 69-70 la révolte des Bataves (peuple germanique
qui habitait la Hollande méridionale actuelle) contre l'empereur
romain TitusFlavius Vespasien (9-79).
Velléda apparait dans les "Martyrs" de Chateaubriand sous
la forme d'une druidesse gauloise amoureuse d'un romain Eudore et qui se
tranchera la gorge.
Avec cette figure, Chateaubriand met en scène, encore une fois, la tentation
qui rapproche deux amants de cultures différentes et, pour une fois, la
transgression de l'interdit.
Une telle statue se trouvait dans l'ancienne Pépinière du
Luxembourg, thébaïde de plusieurs générations
romantiques désaffectée et saccagée à la fin
de 1866. Beaucoup d'écrivains, de poètes ou de prosateurs
ont parlé de cet endroit campagnard, plein de vigne et de roses,
sous la protection de la Velléda. C'était le lieu favori des
rendez-vous amoureux, au milieu d'un hémicycle de treillage rustique.
- le réséda est une plante aux fleurs odorantes. |
Plan
de commentaire
Après trois ans est le troisième poème de la section
" Mélancholia " des poèmes saturniens. Il succède
à " Nevermore" dans lequel Verlaine nous fait part du
souvenir obsessionnel d'Elisa. Tout ce premier recueil est rempli de la
douce Elisa, la sur adoptive du poète, son premier amour
qui repoussera ses avances, affectueusement mais fermement. La quatrième
pièce " Vu" la mentionnera presque explicitement.
Verlaine nous précisera également ce qu'il attend d'une
compagne, une présence quasi-maternelle.
I-
Le souvenir d'un été amoureux
(1862)
Depuis le mariage en 1858 d'Elisa, le chagrin d'amour de Verlaine le laisse
inconsolable "morne et seul". Après son mariage, Elisa quitte la famille Verlaine à Paris avec laquelle elle vivait depuis
sa naissance pour vivre avec son mari une maison à Lécluse dans le nord de la France au sud de Douai. Verlaine passera des vacances d'été 1862
avec le couple et essaiera à cette occasion de reconquérir
le cur d'Elisa. Après ce séjour à Lécluse,
Verlaine reviendra à Paris. "Après trois ans"
raconte le retour de Verlaine en 1865 sur le lieu de ses vacances. Malgré
sa résolution d'accepter son sort, Verlaine ne peut échapper
à son souvenir et
il éprouve le besoin comme Lamartine dans "Le lac" de
revenir sur les lieux fréquentés ensemble.
Le poème s'articule comme une promenade souvenir. Il pousse une
porte étroite qui menace de tomber, poursuit dans le jardin une
promenade matinale dans la rosée du matin et retrouve l'intimité
de la tonnelle . Le lieu personnifié n'a pas changé. La
personnification donne un caractère merveilleux au jardin, le tremble
se plaint, les roses palpitent, le lys est orgueilleux. On retrouve dans
ce sonnet la technique habituelle de Verlaine, une série d'éléments
visuels, la tonnelle, les fleurs, suivis d'éléments sonores,
un jet d'eau qui murmure, des roses qui palpitent. Les allitérations
en "p" du premier quatrain suggèrent les bruits de pas
de la promenade.
Verlaine utilise également un autre procédé habituel
consistant à faire un plan large sur le jardin suivi d'un plan
rapproché sur la tonnelle et ses chaises de rotin, lieu de détente
auprès duquel quelques alouettes familières s'approchent.
II- l'amour interdit
Le Verlaine qui trois ans auparavant a quitté Paris en 1862 pour
des vacances chez sa cousine a en face de lui une femme mariée
depuis 1858 même s'il s'agissait d'un mariage de convenance. Profondément
amoureux, Verlaine a continué cet été là à
faire des déclarations à sa muse, son inspiratrice, probablement
sous cette tonnelle en l'absence du mari ainsi que de longues promenades
sentimentales dans la campagne. Cela n'est donc pas en totale
innocence que le dernier quatrain fait référence à
une statue représentant la déesse Velléda. Cette
prophétesse qui résista aux romains au 1er siècle
fut reprise par Chateaubriand dans "Les Martyrs" sous la forme
d'une druidesse gauloise qui tombe amoureuse d'un romain et finira par
se suicider lorsque sa passion sera découverte. On sait qu'entre
1862 et 1865, Verlaine a lu les romantiques et probablement l'ouvrage
de Chateaubriand. Cette divinité existait d'ailleurs au jardin
du Luxembourg et était devenue le lieu préféré
des rendez-vous amoureux des parisiens avant d'être détruite.
Verlaine, dans ce poème, place sa statue au bout d'une avenue et
non d'une allée du jardin, probablement pour mieux en minimiser
sa dimension. Ainsi placée dans un espace ouvert, elle subit l'agression
du temps, s'écaille au milieu d'odeurs fades de réséda.
III- Un poème pré-impressionniste
Verlaine se reconnaît impressionniste et ose espérer
que le lecteur y reconnaîtra l'effort de la sensation rendue dans
ce qu'elle a de plus délicat et de plus éphémère,
l'impression. On retrouve dans "Après trois ans",
les bruits, indicateurs sonores "murmure argentin" et l'ambiance
de parfums "l'odeur fade du réséda" puis les couleurs
"les roses". Dans cette promenade souvenir, il y a une juxtaposition
d'impressions visuelles, sonores, et olfactives parfois contrastées.
Après une vue globale du jardin fleuri, le promeneur est invité
à s'asseoir sous la tonnelle. Ici, sous l'intimité de la
tonnelle, dans ce foisonnement de fleurs, cet accompagnement d'oiseaux,
tout est propice au discours amoureux. L'effet sonore du jet d'eau qui
murmure et qui ne gène pas les déclarations sentimentales
rappelle la fidélité de Verlaine à ses principes,
un musicien du vers et son recours permanent au vocabulaire musical.
CONCLUSION
Dans "Après
trois ans" Verlaine nous apparaît comme un adolescent qui cherche
à retrouver les premières sensations amoureuses ou à
renouer un dialogue avec celle qui fut son inspiratrice et qu'il a aimé
sincèrement. La tonnelle suggère des moments intimes sous
sa fraîcheur. Toutefois la statue de Velléda nous rappelle
que cet amour n'était pas partagé et que sa muse qui lui
avait préféré par convenance un mari de circonstance
quelques années plus tôt restera fidèle.
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Elisa
Moncomble.
C'est une cousine recueillie à sa naissance en 1836 par la
famille Verlaine (elle a 8 ans de plus que Verlaine) ou elle joue le rôle
de grande sur et de cousine. A l'âge de 18 ans Verlaine qui
a été reçu bachelier en 1862 est envoyé pendant
l'été en vacances à Lécluse (Département du Nord au sud de Douai)
dans la maison de sa cousine qui s'est mariée par convenance cinq
ans plus tôt à un certain Dujardin. Il en tomba éperdument
amoureux. Elle décédera le 16 février 1867 à
l'âge de 31 ans.
Figures de style et sonorités
a) Le premier champ lexical est celui de la nature
Le cadre champêtre avec la présence de fleurs et de roses
idéalise la rencontre amoureuse.
b) Le second champ lexical du texte est sans doute celui du son. Il apparaît
dans le silence engourdi du jardin qu'éclaire "doucement"
le soleil du matin, dans le bruit du jet d'eau qui murmure. Il apparaît
dans la plainte du vieux tremble et dans les palpitations des roses ou
encore dans le balancement des lis dans le vent. Ce souvenir champêtre
est auditif. Une promenade, des bruits, une statue, voilà le souvenir
qui se reconstitue...
La statue en fin se poème sensée figer le temps s'effrite
alors que rien n'a changé dans le décor naturel.
c)Le champ lexical temporel
Le temps vécu "rien n'a changé" s'oppose au
temps réel "la statue s'effrite" dans une sorte de décalage.
d) Le champ lexical spatial
On retrouve la préférence de Verlaine pour les espaces fermés
plutôt que les espaces ouverts. Le jardin espace fermé par
une grille en début de poème s'oppose à l'avenue
espace ouvert au bout de laquelle se trouve la statue semblant symboliser
l'endroit des idylles.
e) Le champ olfactif
Fidèle à Baudelaire et à ses parfums, Verlaine termine
son poème par une sensation olfactive fade.
Conclusion
Avec des mots simples et des images champêtres, Verlaine nous fait
partager à travers ce paysage toute son émotion. Verlaine
nous apparaît cependant comme un adolescent "soumis" à
ses pulsions amoureuses le temps de quelques jours de vacances.
Vocabulaire
Réséda :
Plante herbacée à l'inflorescence jaune rappelant le
lupin.
Tremble :
Peuplier d'Europe dont les feuilles s'agitent au moindre vent.
Tonnelle :
Petite construction en treillage (bois ou fer), berceau couvert de
végétation (vigne folle ou lierre) et formant abri.
Alouette :
Passereau d'Europe voisin de la grive
Rotin :
Partie de la tige du rotang, palmier d'Inde ou de Malaisie servant
à faire des sièges.
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