29/11/2015
Verlaine expliqué

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VERLAINE : Chanson d'automne (Poèmes saturniens/paysages tristes V 1866)


Poème
Chanson d'automne

" Chanson d'automne " est le cinquième poème de la troisième section "paysages tristes" des Poèmes saturniens.

Liste des poèmes saturniens

Les sanglots longs
Des violons
  De l'automne
Blessent mon cœur
D'une langueur
   Monotone.

Tout suffocant
Et blême, quand
  Sonne l'heure,
Je me souviens
Des jours anciens

  Et je pleure

Et je m'en vais
Au vent mauvais
  Qui m'emporte
Deçà, delà,
Pareil à la
   feuille morte

Plan de commentaire
I-De la musique avant toute chose
- Un rythme propre à la chanson
Le rythme 4/4/3 qui sous-tend tout le poème fait sa spécificité et son originalité. Les vers courts sont rares en poésie. En recourant au vers court, Verlaine fait resurgir un rythme que l'inconscient reconnaît comme une chanson " Au clair de la lune/Mon ami Pierrot (5/5) ".
- Une recherche de sonorités
Aux sonorités sourdes adoucies de nombreuses liquides " l ", " m ", " n ", de la première strophe
- Un vocabulaire musical
Les violons au 2ème vers rappellent qu'il s'agit d'une chanson. Par delà la musicalité des mots, le vocabulaire est simple, sans artifice comme celui d'une chanson populaire.
II- Un poème emblématique
- La mélancolie
C'est l'automne qui sert de prétexte à la mélancolie du poète et tisse un lien étroit entre le paysage et l'âme du poète. Le paysage extérieur (l'automne) et le paysage intérieur (l'âme) finiront par se rejoindre au dernier vers, " Pareil à la feuille morte ". La fusion est consommée.
- La fatalité
La dernière strophe est marquée par la disparition progressive du poète. Le " je " du vers 13 qui commande l'action s'efface au vers 15 " qui m'emporte ". Le poète se dissout dans le paysage pour ne faire plus qu'un avec lui et disparaître sans bruit dans le souffle ultime du e muet " feuille mort(e) ". Mais le départ du narrateur ne résulte pas d'une décision volontaire, mais d'une volonté supérieure à laquelle il se soumet. " Je m'en vais " ne signifie pas " je pars " mais " je me laisse aller " où le vent me mène, je me laisse porter par le courant, " le vent mauvais " qui m'emporte. La fatalité est un thème cher à Verlaine qui a toujours l'impression d'être gouverné par une mauvaise planète, Saturne, qui ne lui laisse aucune trêve et l'empêche d'être heureux. " deçà, delà " peuvent donc apparaître comme les images zigzagantes d'un homme ivre pour qui la boisson est hélas la fatalité.
- La fuite en avant
La 2ème strophe souligne la tentation de la mémoire et des souvenirs comme remède à la fuite du temps.
III- Le paysage verlainien
Chanson d'automne est un poème en demi-teintes, tel que les affectionnait Verlaine ou l'éphémère côtoie l'indéfini, où les contours se diluent dans la brume des larmes et où le paysage s'efface pour envoyer le reflet torturé d'une conscience tourmentée et indécise.
- L'impressionnisme

L'automne est ici dépeinte par l'impression qu'elle dégage plutôt que par la réalités des couleurs de la nature en cette saison. Chanson d'automne suggère le paysage plus qu'il ne le décrit, esquisse plus qu'il ne peint. Chanson d'automne est un poème de la sensation, du non-dit, de l'inexprimable.
- Le paysage est un état d'âme
L'automne devient un paysage et un lien s'établit entre la saison qui précède la fin de l'année et ce qui prélude à la fin d'une vie. Ce n'est pas l'automne avec ses connotations positives de récoltes et de flamboiement de la nature mais une fin mélancolique, angoissante comme une mort.
- La rime : le miroir des sensations
Le poème se compose de trois strophes de six vers selon une combinaison de rimes appelée rythmus tripertitus, la même rime se répétant après un groupe de deux vers. Toute la subtilité du poème réside dans ce côté répétitif de ce vers de trois syllabes dont l'isolement reflète l'incertitude du poète, son angoisse et sa solitude. C'est une musique trébuchante, une mélodie de fausses notes où la plainte se fait peu à peu silence.
CONCLUSION
On retrouve dans chanson d'automne le thème du poète incompris , confronté à un sort qui lui est contraire et ballotté dans un monde qui lui est hostile. Verlaine se cache ici derrière une saison pour nous donner le reflet de son état d'âme.

Thème
Dans ce poème Verlaine tente d'exorciser par la musique l'inquiétude de son âme. Mais dans ce poème, la tristesse est plus précise : nostalgie du passé, inquiétude de se sentir emporté, sans pouvoir réagir par "un vent mauvais". Le rythme traduit ce sentiment complexe fait d'angoisse et d'abandon, par le jeu délicat des vers de trois et quatre syllabes. Ces mètres courts donnent à la rime qui revient à intervalles réguliers, des résonances particulièrement suggestives.
La musique verlainienne
Avec Verlaine, le vers n'est plus seulement un ensemble de mots pourvus d'une syntaxe et d'un sens, mais aussi le regroupement de sons choisis pour charmer l'oreille.
Verlaine révèle des possibilités musicales du vers français jusqu'alors inédites. La première consiste à privilégier les assonances, répétitions de voyelles, les allitérations, répétitions de consonnes pour répartir les échos phoniques à l'intérieur des verts par rapport aux rimes finales. Beaucoup de titres de poèmes reprennent un terme musical, "Chanson d'automne", "Le rossignol", "En sourdine".
Chanson d'automne et Au clair de la lune
Les sanglots longs 4
Des violons 4 (diérès sur vi-olon)
De l'automne 3
Blessent mon coeur 4
D'une langueur 4
Monotone 3
En recourant au vers court, ici 4/4/3, Verlaine fait ressurgir un rythme que l'inconscient reconnait comme celui de la chanson "Au clair de la lune" 5/5. Avec les vers courts, la rime revient plus vite pour donner plus d'importance aux sonorités répétitives qui sont comme le refrain d'une chanson.

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