29/03/2017
Verlaine expliqué
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VERLAINE : L'espoir luit comme un brin de paille (1873)


Arthur Rimbaud

Arthur Rimbaud


Poème
L'espoir luit comme un brin de paille
"L'espoir luit comme un brin de paille" est le texte III de la 3ème section de "Sagesse" (juste avant Gaspar Hauser).

 L'espoir luit comme un brin de paille dans l'étable.
Que crains-tu de la guêpe ivre de son vol fou ?
Vois, le soleil toujours poudroie à quelque trou.
Que ne t'endormais-tu, le coude sur la table ?

Pauvre âme pâle, au moins cette eau du puits glacé,
Bois-là. Puis dors après. Allons, tu vois je reste,
Et je dorloterai les rêves de ta sieste,
Et tu chantonneras comme un enfant bercé.

Midi sonne. De grâce, éloignez-vous, madame.
Il dort. C'est étonnant comme les pas de femme
Résonnent au cerveau des pauvres malheureux.

Midi sonne. J'ai fait arroser dans la chambre.
Va, dors ! L'espoir luit comme un caillou dans un creux
Ah, quand refleuriront les roses de septembre !

Éléments de syntaxe
Verlaine préfère coordonner les éléments de la phrase (le plus souvent par et) plutôt que les subordonner. La coordination convient mieux au rendu des sensations vagues ou des impressions éphémères que les conjonctions de subordination, mieux adaptées au maniement des concepts. Par exemple lorsque Verlaine évoque son idéal féminin dans " Mon rêve familier " ou ici " Et je tremble..", " Et qu'il vous suffirait d'un geste".

Commentaire rédigé

C'est le souvenir de Rimbaud que reconstitue Verlaine dans ce sonnet en alexandrins comme la plupart des poèmes de Sagesse. Après l'incident du pistolet de 1873 et l'emprisonnement à la prison de Mons pendant deux années, Verlaine après s'être converti à la religion catholique souhaite revoir Rimbaud, ce qu'il fera d'ailleurs à Stuttgart en 1875. Comme Chateaubriand, il a "pleuré et il a cru", il pardonne à son ami et souhaite revoir l'adolescent qu'il aime toujours. Le poème débute sur un formidable espoir avec une allusion à la nativité, la paille de la crèche et le formidable espoir de cette naissance et se termine dans l'ambiguïté par un espoir qui luit comme un caillou dans un creux, allusion lapidaire à quelque pierre précieuse ou au charbon noir que nous retrouvons dans le le poème Faim d'une saison en enfer " Si j'ai du goût, ce n'est guère Que pour la terre et des pierres. Je déjeune toujours d'air, De roc, de charbon, de fer.

I-L'espoir de revoir et convertir Rimbaud
" L'espoir luit comme un brin de paille " rappelle le poème " Je ne sais pourquoi " et fait partie de la 3ème section du recueil " sagesse " publié en 1881 qui commence par ces vers " Désormais le Sage, puni Pour avoir aimé les choses". Le poème a été écrit en prison où Verlaine a été incarcéré pour avoir tiré sur son ami Rimbaud. Dans le poème suivant de Sagesse, Gaspard Hauser, il nous invite à prier pour lui et dans le poème suivant encore il écrit " Un grand sommeil noir Tombe sur ma vie ", " Dormez, tout espoir ". Verlaine est dans le noir dont il reconnaît avoir la plus grande peur. Il s'adresse à sa conscience dans un style familier " Que crains-tu ? " et nous donne des indices sur celui qui lui fait peur, c'est Rimbaud. La guêpe ivre, le vol fou sont des termes ou des expressions des poèmes les plus célèbres, le " bateau ivre " ou le " A, noir corset velu des mouches éclatantes" de voyelles, le sommeil est celui du " dormeur du val ", le coude sur la table, c'est la position favorite de Rimbaud. Verlaine reconnaîtra après la mort de son ami que Rimbaud est une réalité toujours vivante, un soleil qui flambe en lui, qui ne veut pas s'éteindre.... Verlaine pallie l'absence de Rimbaud par ruse, car ce dernier obsède ses pensées et constitue la seule lumière dans son univers morose. La seconde strophe est une reconstitution d'un passé vécu avec Rimbaud, le coude sur la table. Il lui parle, lui donne des ordres, "Bois l'eau et dors", invite Mathilde, déjà égratignée dans Romanes sans paroles à se retirer. La pauvre âme pâle qualifie celle d'un agnostique, l'eau du puits, celle de la purification.

II-Une lueur dans l'univers carcéral
Pour Verlaine Rimbaud demeure un être surnaturel. Depuis son univers carcéral, Verlaine s'ingénue à créer des percées, à chercher une issue. Il transmute l'image oppressante du " caveau " cellulaire amèrement nommé " berceuse" en l'image protectrice d'un vrai berceau pour l'âme, un cocon plein de rêves et de voix, dans lequel la malfaisante Mathilde est exhortée à s'éloigner. Celui qu'il admirait par-dessus tout est probablement l'unique auteur de sa conversion, de sa grâce et ne doit rien à quelque aumônier de sa prison. Mais Verlaine a lu l'exemplaire d'une saison en Enfer que Rimbaud lui a dédicacé, et surtout le poème " Mauvais sang ". dans lequel Rimbaud se décrit assez fidèlement descendant de gaulois dont il en a hérités tous les vices. Le retour de Rimbaud et sa conversion constituent un bien mince espoir.

Conclusion
Les roses de septembre, en souvenir de leur première rencontre en septembre 1871 (et pas 1869 comme j'ai pu lire) sont bien fanées. L'espoir d'une réconciliation entre Verlaine et Rimbaud s'est définitivement éloignée avec la parution d'une saison en enfer. L'entrevue de Stuttgart en février 1875 tournera rapidement à la bagarre et marquera la rupture définitive d'une liaison commencée quatre ans plus tôt. Verlaine continuera pendant six ans à plaire à Dieu, une vertu réelle, un effort bel et bon et continuera à se tenir informé de son ami " l'homme aux semelles de vent ".

L'historique de la liaison Verlaine/Rimbaud
En septembre 1871, Rimbaud débarque à Paris, invité par Verlaine à qui il a envoyé ses poèmes. Verlaine, de 10 ans plus âgé que lui, est fasciné et tombe sous le charme. Rimbaud, lui, voit en Verlaine un compagnon capable de le suivre dans sa quête de Voyant, et considère son homosexualité comme une étape de son expérience de la connaissance universelle. Hélas ! Verlaine est un être soumis, tiraillé entre l'amour qu'il éprouve pour sa femme Mathilde et sa passion pour Rimbaud. Ils vivront moins de deux ans ensemble, vie commune qui s'achèvera par un drame. A la suite de différents Verlaine quitta seul Londres et Rimbaud sur son insistance le rejoignit à Bruxelles le 8 juillet. A quatre heures le 10, Verlaine entra dans la chambre, ivre, un pistolet au poing qu'il venait d'acheter chez l'armurier de la galerie Saint-Hubert. Pour l'empêcher de partir, il tira sur Rimbaud et le blessa au poignet gauche. Rimbaud se fit mettre un bandage, et, désirant toujours retourner à Paris, se rendit à la gare du Midi. Mais sur le chemin, un faux geste de Verlaine alarma Rimbaud, fiévreux : il prit peur qu'il sortit à nouveau son revolver et appela un agent de police. Tous deux furent conduits au poste pour un premier interrogatoire par le commissaire, suivi d'autres, de dépositions et de déclarations, puis finalement de l'acte de renonciation de Rimbaud.
Verlaine fut incarcéré à la prison de Mons. Rimbaud, quant à lui, retourna chez lui, dans les Ardennes, et y écrivit Une saison en enfer. Rimbaud s'enfuira ensuite en Europe puis en Afrique et effacera son existence passée dont il parlera une fois comme de " souillures ". Verlaine, lui, ne l'oubliera jamais, et contribuera à la postérité de l'œuvre de son ancien amant.


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