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VERLAINE : Colloque
sentimental (1869)
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Plan
du commentaire composé I. Les rendez-vous amoureux sont des stéréotypes littéraires. Les poètes romantiques, à l'exemple de Musset ou Lamartine nous ont habitué à perpétuer le souvenir de la passion. Verlaine va mettre toute son énergie à le ridiculiser. Verlaine se dit saturnien, sous l'influence néfaste de la planète Saturne I-1. Les deux personnages n'ont pas d'identité et ne sont que des formes décrites au travers de ce qui suggère leur réduction à l'état de spectres, figures fantastiques d'un mort ou d'un esprit qu'on croit voir. S'agit-il d'un homme et d'une femme ou de deux hommes, appartiennent-ils au monde des vivants ou des morts ? Verlaine veut peut-être, par cet artifice évoquer la mort symbolique de l'amour qui donnait leur raison d'être aux deux personnages. Il peut s'agir d'un dialogue post-mortem que renforce l'illusion théâtrale. L'auteur insiste cependant sur leur laideur et leur évanescence et ce qui semble promettre le bonheur, l'échange amoureux, est, désormais, privé de vie. Dans " l'espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir ", l'amour mais aussi la vie peuvent avoir disparu. I.2. Ces deux formes cheminent sans but parce que l'amour ne les motive plus. La reprise du premier vers à la ligne cinq crée un effet de cycle pour appuyer que le couple tourne en rond. Le premier distique revient sur un passé proche : " ont tout à l'heure passé ", terme vague mais signifiant un passé récent et une promenade déjà advenue. La scène se situe dans le passé même si les distiques 4, 5 6, 7 au style direct nous transportent dans le présent, un présent bien particulier qui actualise et prolonge dans l'instant du discours, la situation ancienne des personnages. De même, le dernier distique renvoie le couple à une action ininterrompue : " ils marchaient ". Les verbes au passé " ont passé ", " ont évoqué " encadrent l'évocation d'une sorte de présent perpétuel, sans repère temporel précis. Leur union passée est présentée comme achevée comme elle semble s'effacer de leur souvenir. Nous relevons aussi le terme " glacé " qui évoque le froid mais peut indifféremment qualifier un climat hivernal ou un climat nordique. I.3. Cette promenade n'a plus aucun sens. Pour signifier la discordance entre les deux personnages, Verlaine use de procédés grammaticaux, stylistiques et musicaux. D'abord, la communication ne s'établit plus sur un pied d'égalité, l'un conserve le tutoiement amoureux "Te souvient-il " alors que l'autre adopte le vouvoiement, qui crée la distance. Ils sont devenus étrangers l'un à l'autre. Le dialogue commence sur une double interrogation, qui renvoie les deux spectres l'un à l'autre (troisième distique). A l'extase que le premier personnage rappelle d'un passé vécu par lui comme heureux, l'autre personnage qui semble avoir tout oublié se demande pourquoi il devrait s'en souvenir. Il y a un désintérêt encore plus profond que le " non ", catégorique et conscient. Les deux formes n'évoluent pas au même rythme, il y a un décalage entre la tonalité feutrée des paroles de l'un et le laconisme, la dureté catégorique de l'autre avec des réponses brèves " non ", " c'est possible ". Le premier est exalté et triste. Il éprouve de la nostalgie à l'égard d'un passé heureux qu'il a gardé vivant au fond de son cur. Le second personnage est froid, glacial. Les quatre distiques de dialogue avec des tournures archaïques " Te souvient-il ", " qu'il m'en souvienne ", " extase ancienne ", accentuent le vieillissement des personnages. Verlaine en présentant un couple de spectres remet en cause, indirectement la sensation romantique qu'on donne d'ordinaire de l'amour. On peut imaginer que ces quatre distiques sont une sorte de petite crise, de flamme qui s'allume sur un fond de mort, le poète ne restant pas dans le rôle de témoin rapportant des dialogues mais transposant ses propres sentiments pessimistes, sur l'amour et la représentation stéréotypée qu'on en donne. II.1.
La structure binaire souligne l'opposition ambiguë des deux formes,
l'une a tout oublié, l'autre semble II.2. Celle-ci dénonce les sentiments amoureux, mais sa brutalité ne remet toutefois pas en cause le passé en lui-même. Sa première réponse porte non sur la réalité de l'amour passé, mais sur ce qui pourrait motiver son rappel. Son agacement peut s'expliquer soit parce qu'il ne ressent absolument plus rien, soit qu'il se refuse à réveiller les sentiments anciens pour échapper à leur fatalité. On assiste à la non communication de deux êtres ayant partagé une intimité, qui ne se séparent pas et sont condamnés à vivre l'un avec l'autre. Ce drame humain, de la sacralisation pour l'un et de la désacralisation pour l'autre d'une relation déjà enfouie dans le passé concerne tout le monde en général. II.3. Les deux amants errent sans fin dans le parc, tout aussi fantomatique. Le qualificatif " vieux " et l'article défini le, donnent le parc comme connu, une sorte de paradis perdu dont il ne subsiste que le regret. Dans le lieu même qu'ils affectionnaient, les anciens amoureux n'éprouvent plus rien. La forme du texte de Verlaine est, en soi, ironique et souligne le travail du sens. En effet, la perspective se creuse en abîme lorsque le poète " évoque " des spectres, qui, à leur tour, tentent d'évoquer leur passé. Inversement, c'est pour lutter contre son propre désespoir que Verlaine tente d'exorciser son penchant pour l'amour. III. 1. La présence ironique et grinçante du poète est décelable dès l'énoncé du titre. Celui-ci constitue une sorte d'alliance de mots : " colloque " suggère la réunion de plusieurs personnes en vue d'un entretien organisé sur des questions sérieuses ; " sentimental " évoque une belle et douce passion. Le rapprochement des deux termes, incompatibles, annonce la dissonance empreinte d'une mélancolie grinçante. Ce poème repose sur une structure cyclique qui dénonce la monotonie d'une relation devenue habituelle et donc mortelle. III.2. Verlaine s'adonne à son penchant à la " déréalisation " du décor comme une toile de Watteau. Ici, l'amour est évoqué avec cruauté, on est loin de la rencontre de Didon par Enée (L'Enéide de Virgile). Les deux formes demeurent ensemble sans avoir vraiment rompu et leur couple est d'autant plus absurde que rien ne semble avoir motivé la perte de l'amour. Le texte progresse vers l'impersonnel. Verlaine utilise le discours direct et se fait le témoin récent " tout à l'heure " de l'entretien. Il insiste sur le caractère spectral des " formes " avec l'écho sonore " morts " et " molles ". L'emploi de l'article défini (le vieux parc), de l'adjectif possessif " Leurs yeux ", " leurs lèvres ", " leurs paroles ", et leur attribue une valeur abstraite, proche de l'irréalité, comme si tout se mouvait dans le vague et le flou. L'une des formes commence par tenter de caractériser leur passé commun " notre extase ", mais elle évoque ensuite une situation très générale " les beaux jours", " le ciel ", " l'espoir ". Les silhouettes se survivent à elles-mêmes, sans même pouvoir conserver un souvenir net de ce qu'elles furent, comme en témoigne le rythme très syncopé des évocations. A la fin, les deux formes qui ont perdu leur relative individualité " ils " s'évanouissent dans un paysage imprécis d'une végétation vulgaire " d'avoines " anarchiques " folles ". Les spectres réintègrent leurs ténèbres. III.3.
Dans cet univers, les sexes se confondent. En réalité, il
semble que ces deux spectres figurent des projections de l'auteur
aux prises avec ses propres angoisses. Verlaine pressent l'avenir tourmenté
qui sera le sien. Le faux dialogue présente comme illusoire l'ambition
de vivre un amour éternel. |
Fêtes
galantes (1869) |
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