29/11/2015
Verlaine expliqué

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VERLAINE : Mandoline (1869)


Poème
MANDOLINE
" Mandoline " est le quinzième poème des fêtes galantes.
La liste des poèmes des fêtes galantes

Les donneurs de sérénades
Et les belles écouteuses
Echangent des propos fades
Sous les ramures chanteuses.

C'est Tircis et c'est Aminte,
Et c'est l'éternel Clitandre,
Et c'est Damis qui pour mainte
Cruelle fait m
aint vers tendre.

Leurs courtes vestes de soie,
Leurs longues robes à queues,
Leur élégance, leur joie
Et leurs molles ombres bleues

Tourbillonnent dans l'extase
D'une lune rose et grise,
Et la mandoline jase
Parmi les frissons de brise.

Plan de commentaire
Dans Mandoline qui est un poème musical jusqu'à dans son titre, le lecteur joue le rôle d'un invité à une fête champêtre. Cette fête de l'allégresse nous renvoie à l'écho des fêtes galantes de Watteau.
I- Les personnages
-Mise en scènes des personnages de la réalité
Ce sont des " donneurs de sérénades " et de " belles écouteuses " mais leurs propos sont anodins, fades. Le poète ne prend pas part à la conversation et se contente d'écouter. " les propos fades " renforcent le côté frivole des " belles écouteuses " qui peuvent à la fois écouter les " sérénades " et les " propos fades ".
- mise en scène de personnages de composition
Si la strophe 1 avait laissé les personnages dans l'anonymat, quatre noms apparaissent dans la 2ème strophe, Tircis, Aminte, Damis, Clitandre, tous d'amoureux transis que l'on rencontre dans la littérature pastorale ou la comédie italienne. Verlaine les affectionne et présente ces bergers, soupirants et autres pantins, au fur et à mesure de sa ronde. Dans la réalité, ils n'ont pas d'existence, ils symbolisent des rôles d'amoureux stéréotypés. Le qualificatif " éternel " pour Clitandre souligne à quel point ce jeune premier de comédie a fourni des modèles rebattus
- La place et le rôle de la femme
Damis l'amoureux " fait maint vers " à " une mainte cruelle ". La femme qui participerait de la cruauté contraste avec l'ambiance de joie, de légèreté.
- La métamorphose des personnages
Dans la troisième strophe, les personnages ne sont désignés que par leur vêtements, ils ne sont plus cités. Ils deviennent " des ombres " qui se fondent dans la nuit. Le " bleu " de leurs " molles ombres " dont il est question est le bleu de Watteau, pas un bleu franc mais une vague coloration bleutée produite par le clair-obscur de la nuit éclairée par la lune. La réalité des personnages est comme dissoute dans leurs ombres à la couleur étrange et aux formes incertaines.
I- La Musique
Le poème s'ouvre et se termine sur deux évocations sonores "sérénades" , "la mandoline jase". Même le décor est musicalisé avec " les ramures chanteuses ". A la quatrième strophe, la fête bat son plein, les invités " tourbillonnent dans l'extase " créé par la musique de la mandoline. La mandoline, associée aux chansons d'amour, devient le symbole d'un monde harmonieux et fugitif.
- La musique comme thème majeur
Dans ce poème de quatre quatrains écrits en heptasyllabes (vers de 7 syllabes) avec seulement des rimes féminines, il y a le souci chez Verlaine d'incorporer dans une structure musicale des termes qui rappellent la musique " les donneurs de sérénades ", " les belles écouteuses ", " sous les ramures chanteuses ", " la mandoline jase ". Le poème contient trois phrases (vers 1-4, 5-8, 9-16) et plus on progresse dans le poème, plus le rythme s'accélère.
- Le chant du poète
On retrouve le thème de la lune chère à Verlaine, ici la lune participe à l'extase, joie extrême qui arrache l'individu à la réalité. L'alliance du rose et du gris est chère à Verlaine car ce sont des couleurs douces, en demi-teinte. Il s'agit du rose de la sensualité et du gris de la mélancolie, couleurs spirituelles des fêtes galantes.
- Effet de la musique sur le comportement des personnages
La musique entraîne les personnages dans " un tourbillon d'extase ". Ici la musique est le son de la mandoline, instrument napolitain associé à la chanson d'amour.
III- La fête
- Un cadre de fête
Le décor est planté à la première strophe, des musiciens et des danseurs. Dans le deuxième quatrain les personnages accentuent l'aspect mièvre et léger de la fête qui se donne. Au troisième et quatrième quatrain la joie s'intensifie sous le clair d'une lune " rose et grise ".
- des personnages de fête
Les personnages, musiciens et danseurs sont qualifiés de " donneurs de sérénade ", " d'écouteuses ". De ces " écouteuses" dont le terme pourrait s'inscrire dans le même registre de légèreté que "donneurs ", on sait qu'elles sont belles. Le lecteur imagine qu'elles ne peuvent être que frivoles et qu'il s'agit d'une fête galante.
- Un langage de la fête

On ne sait pas exactement ce que disent les personnages, mais leurs propos sont fades et confirment la critique qui apparaissait dans les deux premiers vers. Les propos fades renvoient aux sérénades pour renforcer le coté frivole des " belles écouteuses ".
Conclusion
Verlaine ne s'implique pas dans son poème, il peint avec des mots la paradoxale irréalité de la scène. Par l'artifice de l'écriture, la fête imaginaire devient un facteur d'oubli pour le poète.

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